Thierry Emin s’est livré sur les sujets du moment, scénarios envisagés pour la fin de saison, groupe de travail à la LNR, recrutement et budget. Le Président n’a éludé aucun sujet et nous donne son point de vue sur les conséquences sur le monde du rugby de la crise sanitaire qui touche le pays. 

Vous aviez indiqué au début du confinement que l’ensemble des salariés du club était en activité partielle, comment est-ce que cela se traduit pour les joueurs ?

Nous sommes toujours en activité partielle et cela va se prolonger jusqu’au 11 mai, nous n’en savons pas plus pour après. C’est très dur pour tout le monde, que ce soit les joueurs, le staff ou les salariés administratifs du club. Notre activité étant à l’arrêt, nous n’avions pas d’autres alternatives. Les joueurs continuent de faire de l’entretien physique, mais ce n’est pas chose aisée parce qu’il n’y a pas toujours les conditions ou les espaces suffisants pour faire une bonne préparation physique. Cela génère forcément de l’inquiétude si nous devions reprendre pour la fin de saison.

La LNR a mis en place des groupes de travail avec les présidents de Top 14 et de Pro D2, qu’est-ce que vous avez retiré de cette méthode de travail et des échanges ?

C’était une bonne approche et une bonne initiative de la part de la LNR de nous impliquer pour notre futur immédiat et celui de l’année prochaine. La difficulté réside dans le travail à distance, par visioconférence, dans les réunions où il peut nous arriver d’être soixante-dix personnes, c’est une vraie complexité. Nous n’arrivons pas, par ce mode de travail, à gérer la confidentialité et c’est une vraie déception. Les informations sitôt transmises par la Ligue sortent de la réunion de travail pour être communiquées sans analyse.

Nous essayons d’avoir une vision solidaire de notre sport, que ce soit en Top 14 ou en Pro D2, il faut arriver à se détacher de son cas particulier et de son club, j’essaye de le faire le plus possible. Quand il a été décidé qu’il n’y aurait pas de descente d’une division à l’autre, nous attendions forcément la contrepartie, c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de montée. Il a fallu l’admettre, à notre détriment, puisque je pense que nous avions l’équipe pour postuler aux phases finales pour la montée. Cela ne se passera pas, c’est une solidarité que nous devons avoir, j’espère que le Top 14 s’en souviendra dans le futur.

Quel est votre avis sur la volonté de la FFR de faire monter deux clubs de Fédérale 1 en Pro D2 ?

Il faut accepter qu’il n’y ait pas de montée de clubs de Fédérale 1 vers la Pro D2. Loin de nous l’idée de vouloir bloquer qui que ce soit. Je me suis entretenu à plusieurs reprises avec Jean-Pierre Humbert (président de l’USBPA) pour lui expliquer la position qu’avaient les présidents du monde professionnel. Bien évidemment ce n’est pas orienté contre le club de l’USBPA, nous avons connu de belles joutes que ce soit à Mathon ou à Verchère lors des derbys, avec un public nombreux et c’est plutôt bien pour le rugby. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire un championnat professionnel à 32 clubs, alors que nous sommes en restriction budgétaire pour la saison prochaine. Même si la Fédération Française de Rugby a dit qu’elle participerait financièrement à la montée de ces deux clubs, cela implique beaucoup de choses, notamment un calendrier surchargé, un nombre de joueurs supplémentaires dans chaque équipe, des coûts d’organisation de matchs. Il faut être raisonnable et garder cette logique, s’il n’y a pas de descente, il n’y a pas de montée.

Mercredi dernier la LNR a communiqué sur les deux scénarios possibles pour la fin de saison, pouvez-vous les détailler et les commenter ? 

Depuis l’allocution du Président de la République lundi 13 avril, les marges de manœuvres sont de plus en plus réduites. Le confinement a été prolongé jusqu’au 11 mai et le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur le déconfinement. Nous pouvons supposer qu’il sera progressif, il a été ajouté que les rassemblements ne seront pas possibles jusqu’à la mi-juillet.

Face à ces deux difficultés, cela paraît difficile de finir le championnat, même si ce scénario est toujours à l’étude. Quand le gouvernement aura donné les instructions nous nous apercevrons que ce sera compliqué de le finir sous quelque forme que ce soit avant mi-juillet.

Le deuxième scénario est de reprendre le championnat 2020/2021 aux dates prévues, mais nous ne savons pas si nous pourrons jouer avec du public. La commission qui gère l’aspect sportif, a proposé de faire des demi-finales et une finale en reprise du nouveau championnat pour solder l’exercice 2019/2020. C’est un peu étonnant de démarrer un championnat par des phases finales. Je ne vous cache pas que cela n’a pas beaucoup de sens de finir le championnat au début de la saison prochaine.

Nous serions concernés en allant jouer une demi-finale à Colomiers et Grenoble se déplacerait à Perpignan, les deux vainqueurs s’affronteraient en finale. Quelles valeurs peuvent avoir ces matchs ? C’est un titre de champion de France, certes qui ne donne pas droit à la montée en Top 14, il n’a pas la même saveur, mais il ne faut pas galvauder un titre dans une carrière. Des discussions sont en cours pour donner un bonus comptable au champion et au vice-champion pour démarrer la saison 2020/2021. C’est à l’étude et ce n’est pas complètement arrêté mais cela peut avoir un intérêt pour la saison prochaine.

La grosse déception est que nous ne pourrons pas le jouer avec l’effectif actuel. Les joueurs qui nous quittent ou qui arrêtent leur carrière ne seront pas concernés par ces deux matchs. C’est perturbant et touchant par rapport à ces joueurs qui se sont donnés cette année pour porter le club. C’est une forme d’injustice à leur égard.

Cela signifie que de joueurs emblématiques du club auront terminé leur aventure avec Oyonnax Rugby sur un goût d’inachevé 

Dans les joueurs emblématiques il y a bien évidemment Roimata Hansell-Pune qui aura passé une décennie au club, nous lui devons beaucoup, pour tout ce qu’il nous a apporté dans sa carrière.

Julien Audy qui a fait trois passages à Oyonnax, qui était cette année, performant dans toutes ses sorties et qui nous quittera sans que nous puissions lui dire au revoir.

Il y a également Hoani Tui qui, depuis quatre ans, tient notre mêlée et performe sur le terrain. Blaise Dumas, un garçon très attachant, qui a passé deux ans sous les couleurs Noir & Rouge retournera à Vannes. Mihai Lazar, qui a passé un an avec nous, et Guilhem Bourgois, qui a été formé au club, quitteront également le club.

Est-ce que vous avez bouclé le recrutement pour la saison 2020/2021 ?

Nous avons d’ores et déjà annoncé l’arrivée du demi de mêlée Charlie Cassang en provenance de Clermont. Juste avant la période de confinement nous avons acté le recrutement de Marc Clerc en provenance de Castres et de Beka Kakabadze, pilier gauche, qui arrive de l’ASM Clermont et la prolongation d’Etienne Herjean.

Comment va se passer l’intersaison pour basculer vers la saison 2020/2021 ?

Nous espérons que les joueurs pourront passer par une période de réathlétisation avant de partir en vacances. Pour qu’ils retrouvent une forme physique et n’aient pas une interruption de quatre mois entre le début du confinement et la reprise de la saison prochaine. Nous attendons de voir les mesures prises par le gouvernement. Il y aura une reprise après les congés qui devrait intervenir fin juin, début juillet s’il y a ces phases finales en début de championnat.

Il y a la question du budget pour la saison prochaine, on imagine qu’il y a de nombreuses interrogations de ce côté 

Il y a deux interrogations avec la fin de saison, nous devons gérer le fait de ne plus avoir de recettes depuis le mois de mars. C’est un manque à gagner certain, nous aurons un budget en forte baisse. Nous avons la chance d’être en France et d’avoir un accompagnement du gouvernement sans précédent pour les entreprises. Les mesures de chômage partiel permettent de pouvoir assurer les salaires à hauteur de 84% du net pour 4,5 fois le SMIC, c’est très important pour la survie du club. Nous sommes en train de constituer un dossier pour obtenir un prêt garanti par l’état. Il faut assurer le paiement des salaires jusqu’en septembre. Ce prêt pèsera forcément pour les saisons prochaines car il faudra le rembourser.

Il y a l’incertitude sur cette fin de saison pour les partenariats, est-ce que les entreprises seront en mesure d’assurer leur partenariat et comment allons-nous gérer l’absence de trois matchs sur cette fin de saison ? Ce sont des questions auxquelles nous n’avons pas encore les réponses, puisqu’il n’y a pas eu, pour l’instant, d’officialisation d’arrêt du championnat. Nous sommes contraints par des décisions du gouvernement. Cela laisse beaucoup d’incertitudes pour les résultats financiers de cette fin de saison.

Pour la saison prochaine elles sont encore plus grandes. Les entreprises qui sont aujourd’hui en activité réduite ou à l’arrêt auront irrémédiablement des difficultés. Seront-elles en mesure de pouvoir assurer du partenariat l’année prochaine ? Est-ce que le public sera présent dans le stade ? Comment allons-nous gérer les abonnements par rapport à cette fin de saison tronquée ? Ce sont autant de questions auxquelles nous ne pouvons répondre et qui génèrent beaucoup d’inquiétude sur le montant du budget de la saison prochaine. Il sera en forte baisse, d’au moins 20 à 30% par rapport à ce que nous avons l’habitude de présenter.

La DNACG va étudier tout cela et encadrer notre masse salariale comme elle le fait habituellement. L’inquiétude est que cet encadrement sera beaucoup plus bas, il y aura certainement une mesure de solidarité avec l’ensemble des salariés du club. Il y aura inévitablement un plan d’économie que nous serons obligés de faire sur nos charges de structure pour espérer être sur la ligne de départ la saison prochaine.

Pour terminer sur une note positive, les joueurs avaient mis en place une cagnotte solidaire en faveur du personnel du centre hospitalier du Haut-Bugey, qu’avez-vous pensé de cette initiative et du succès qu’elle a rencontré ?

Cela montre la qualité de nos joueurs et du groupe, tous derrière Bilel Taieb qui a lancé cette initiative et leur mobilisation pour offrir des lots. Il y a eu de la générosité de la part de nos supporters pour le centre hospitalier, cette solidarité fait chaud au cœur. Nous avons un vrai pouvoir de mobilisation dans notre pays et c’est cela que je retiendrais.